Plus de 1 000 représentants de gouvernements, d’entreprises et de sociétés civiles se sont réunis les 8 et 9 octobre à Bruxelles pour la 10e Conférence mondiale de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). Le 12 octobre, l’ITIE et le World Gold Council ont annoncé un protocole d’accord sur l’orpaillage artisanal, un secteur où l’Afrique pèse lourd.

Une conférence placée sous le signe de la « prospérité partagée »
La Belgique a accueilli, en partenariat avec la Commission européenne, la 10e Conférence mondiale de l’ITIE au SQUARE Brussels Convention Centre. Le ministre Maxime Prévot a ouvert les travaux à 10 heures. Thème retenu : « La transparence pour une prospérité partagée ». Elle a réuni, selon les organisateurs, plus de 1 000 participants issus des gouvernements, de l’industrie extractive et de la société civile.
Créée en 2003, l’ITIE est une norme internationale qui vise à rendre publics les flux financiers du secteur extractif (mines, pétrole, gaz), afin que les revenus tirés de ces ressources soient mieux gérés et profitent aux populations locales. Elle est aujourd’hui mise en œuvre par 56 pays, dont une vingtaine en Afrique.
Du côté belge, on rappelle que le pays soutient l’Initiative depuis sa création. L’argument avancé est double : lutter contre la corruption et favoriser le développement des pays producteurs, mais aussi garantir un approvisionnement fiable en matières premières, jugé essentiel à l’économie belge, dans un contexte de tensions géopolitiques, de transition énergétique et de demande croissante en minerais critiques.
La RDC et la voie vers 2029

Parmi les délégations présentes, celle de la République démocratique du Congo était représentée par Godard Motemona, directeur général du Fonds minier pour les générations futures (FOMIN). Il a réaffirmé la volonté de son établissement de s’aligner sur les bonnes pratiques internationales de gestion des revenus du secteur extractif, et a profité de la rencontre pour partager l’expérience congolaise et échanger avec les acteurs du secteur. Le FOMIN a pour mission de constituer des richesses au bénéfice des générations futures.
Temps fort de la conférence, l’intervention de la présidente entrante de l’ITIE, Maria van der Hoeven, a porté sur le sous-thème « La voie vers 2029 ». Elle a appelé les participants à transformer les engagements pris à Bruxelles en actions concrètes et à renforcer le dialogue entre gouvernements, entreprises et société civile, pour que les retombées de l’exploitation minière profitent réellement aux communautés locales.
Or artisanal : un protocole d’accord entre l’ITIE et le World Gold Council
Le lundi 12 octobre, l’ITIE et le World Gold Council (WGC) ont annoncé la signature d’un protocole d’accord visant à renforcer la transparence et la gouvernance de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle de l’or (EMAPE). L’Afrique n’y est pas explicitement ciblée. Le texte concerne les pays qui appliquent la norme ITIE, dont une vingtaine de pays africains.
Le WGC, organisation basée à Londres qui compte 29 membres, parmi lesquels Barrick Mining, AngloGold Ashanti, Newmont et Gold Fields, n’en est pas à son coup d’essai sur le continent. En juillet 2025, il s’est associé à la Banque mondiale et aux compagnies Endeavour Mining et Perseus Mining pour accompagner la Côte d’Ivoire dans la transformation de son secteur artisanal et la lutte contre la contrebande. En juillet 2026, une initiative annoncée au Ghana, soutenue par un programme que le WGC finance à hauteur de 1 million de dollars au maximum, est venue appuyer les efforts de formalisation des orpailleurs. En août, l’organisation a également conclu un partenariat avec l’Artisanal Gold Council, ONG canadienne active notamment au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et en Zambie.
La délégation sénégalaise présente à la conférence de Bruxelles a rencontré le WGC la semaine dernière afin d’examiner un éventuel accompagnement de la formalisation de l’orpaillage dans certaines régions du pays.
Des enjeux chiffrés, des résultats à venir

L’Afrique fournit environ 25 % de la production mondiale d’or déclarée par les mines. Selon l’ONG suisse SWISSAID, entre 371 et 474 tonnes d’or issues de l’EMAPE y échappent chaque année à toute déclaration. Au-delà de la contrebande, l’orpaillage non encadré peut, dans certaines zones, alimenter des réseaux criminels et le financement de conflits armés. Le WGC s’y intéresse depuis plusieurs années : il a lancé en 2012 le Conflict-Free Gold Standard, destiné à aider les producteurs à démontrer que leur or ne finance pas de conflits.
Reste à mesurer l’effet concret de ces engagements. Au Ghana, une subvention initiale de 250 000 dollars avait été évoquée, sans que les étapes suivantes aient été détaillées. Quant aux initiatives avec l’ITIE et l’Artisanal Gold Council, elles s’étaleront sur plusieurs années : leurs retombées sur la formalisation de la filière aurifère artisanale ne pourront être évaluées que dans la durée.





