back to top

Immobilier en Afrique : Bruxelles, le pont que la diaspora attendait

Immobilier en Afrique : Bruxelles, le pont que la diaspora attendait

Vingt stands. Deux jours. Une seule question dans toutes les têtes : peut-on acheter ou construire une maison à 6 000 kilomètres sans se faire piéger ? À Bruxelles, la diaspora africaine est venue chercher une réponse et des visages à qui faire confiance.

Un stand. Une carte d’un quartier de Douala projetée sur écran. Face à elle, une femme d’une quarantaine d’années note un numéro de téléphone sur son carnet. Elle vit à Bruxelles depuis vingt ans. Elle n’a jamais investi au pays. « Trop peur de perdre mon argent », confie-t-elle avant de s’éloigner vers le stand suivant.

Les 26 et 27 juin, la capitale belge a accueilli la première édition du Salon de l’Immobilier Africain (SIAB). Vingt exposants venus d’Afrique de l’Ouest, d’Afrique centrale et d’Afrique australe. Plus d’une centaine de visiteurs chaque jour, selon les observations recueillies sur place parmi eux, des élus, des diplomates, des primo-investisseurs hésitants. Deux jours pour répondre à une question simple, mais lourde de renoncements silencieux : comment investir loin de chez soi sans s’y perdre ?

Le salon comme salle d’attente de la confiance

L’ambiance n’a rien d’un marché aux puces. Les échanges se font à voix basse, entre deux brochures. On y parle financement, titres de propriété, garanties. Bijou Kunsi, dirigeante de la société WEKEZA, résume en une phrase le métier qu’elle exerce sur ce type de stand : accompagner la diaspora pour désamorcer les blocages qui l’empêchent d’investir dans son pays d’origine.

Ce n’est pas un argument commercial. C’est un diagnostic. Depuis des années, cette même diaspora envoie de l’argent au pays sans jamais transformer cette épargne en patrimoine durable. Le SIAB s’est construit sur ce constat : le problème n’est pas l’argent, c’est l’accès à une information vérifiée.

Bruxelles, un choix qui n’a rien d’un hasard

Pourquoi ici, et pas à Paris ou à Londres ? Présent sur place, le sénateur Elhadj Moussa Diallo d’origine guinéenne, élu sous l’étiquette Les Engagés, sénateur des entités fédérées et député du Parlement bruxellois l’explique par une accumulation de couches historiques : « Le choix de Bruxelles n’est pas anodin, capitale belge, capitale européenne, et aussi capitale d’une forte diaspora africaine qui y vit depuis plusieurs générations.« 

Il y a dix ans, cette diaspora se contentait souvent d’envoyer des fonds à des proches, sans structure ni suivi. Aujourd’hui, elle cherche des professionnels. Olivier Kenhago Tazo, ministre-conseiller à l’ambassade du Cameroun, a constaté la même bascule depuis son poste d’observation diplomatique : « des entrepreneurs venus de plusieurs pays africains, mais aussi des Africains et Afrodescendants venus chercher un pont entre leurs projets d’investissement et une connaissance réelle du marché. »

Ce que la distance ne doit plus excuser

Le vrai sujet du salon n’était donc pas immobilier. Il était psychologique. Peut-on faire confiance à un promoteur qu’on n’a jamais vu construire ? À un notaire dont on ne maîtrise pas les usages locaux ? La conférence-débat qui a suivi les stands a mis ces questions sur la table, sans détour : accès au financement, sécurité juridique des transactions, accompagnement des primo-investisseurs.

Aucun intervenant n’a promis l’absence de risque. Mais tous ont défendu la même idée : la distance n’est pas l’obstacle. L’improvisation l’est. Et c’est précisément ce que ce type de rendez-vous cherche à corriger, stand après stand, rendez-vous après rendez-vous.

La femme au carnet a fini par plier son numéro de téléphone en quatre et le glisser dans son sac. Elle reviendra peut-être l’an prochain, avec une question de plus, un doute de moins. Le SIAB n’a pas vendu de maisons ce jour-là. Il a vendu la possibilité d’y croire à nouveau.

Latest articles

spot_imgspot_img

Related articles

Leave a reply

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

spot_imgspot_img