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la diaspora africaine interroge son propre pouvoir économique

la diaspora africaine interroge son propre pouvoir économique

À Bruxelles, consommer n’est jamais un acte anodin.
Le 31 janvier 2026, une soirée a posé une question dérangeante :
et si notre pouvoir économique existait déjà sans que nous l’utilisions ?
Dans une salle animée de la capitale européenne, les conversations s’entrecroisent, les cartes de visite circulent, et une question revient, insistante, presque obsédante : pourquoi une communauté aussi visible demeure-t-elle économiquement marginale dans son propre environnement ?

À Bruxelles, la diaspora africaine interroge son propre pouvoir économique

La soirée « Consommons Afro », organisée par Lissanga Africa, n’avait rien d’un rassemblement militant. Elle ressemblait davantage à une séance d’introspection collective. Un moment où entrepreneurs, élus et citoyens afrodescendants ont tenté de mettre des mots sur une réalité longtemps tue.
À Bruxelles, consommer n’est pas un geste anodin.
C’est parfois un choix aux implications politiques et économiques profondes.

Une économie présente, mais peu connectée à elle-même

En Belgique, des milliers d’entrepreneurs africains développent des entreprises dans des secteurs variés : alimentation, services, artisanat, culture. Les produits existent. Les compétences sont reconnues. L’innovation est bien réelle.
Pourtant, une grande partie de la consommation issue de la diaspora ne profite pas à ces acteurs. Les raisons sont multiples, mais rarement liées à la qualité de l’offre.
Selon plusieurs études consacrées aux économies diasporiques, le problème réside moins dans la demande que dans la faible structuration des réseaux économiques internes. L’argent circule, mais il circule ailleurs.

« L’économie ne fonctionne pas sans réseaux solides »

Parmi les invités de la soirée figurait Kalvin SOIRESSE NJALL, député bruxellois, qui a insisté sur l’importance des infrastructures relationnelles dans toute dynamique économique durable.


« Sans connexions solides, l’initiative entrepreneuriale ne peut pas gagner des parts de marché. L’économie et la politique sont profondément imbriquées », explique-t-il.

Dans un environnement concurrentiel, l’absence de relais, de visibilité et de coopération limite mécaniquement la croissance des entreprises, quelles que soient leurs performances individuelles.

La confiance, un enjeu souvent invisible

Pour Camel EKWALLA, entrepreneur et boucher, la difficulté est aussi d’ordre symbolique.

« La confiance reste un obstacle majeur. Être Africain dans certains métiers suscite encore le doute, avant même que le travail ne soit jugé », confie-t-il.


Ce doute, rarement formulé ouvertement, agit comme un filtre silencieux. Il ralentit l’accès à certains marchés et fragilise des trajectoires pourtant solides. À long terme, il alimente une forme de découragement structurel.

Une approche pragmatique plutôt qu’identitaire

LisangaAfri se distingue par son positionnement. L’événement ne cherchait ni à dénoncer ni à revendiquer, mais à structurer une réflexion collective autour de solutions concrètes.
L’idée centrale : convaincre par la qualité, s’inscrire dans la durée, et dépasser le cadre strictement communautaire.
Yannick NGEMBE, entrepreneur, résume cette philosophie :


« Si nous sommes constants et bons, nous toucherons un public bien au-delà de notre communauté. »


L’enjeu n’est pas de créer un marché parallèle, mais de s’inscrire pleinement dans l’économie locale.

Une question qui dépasse la soirée

Au fil des échanges, une interrogation s’est imposée : comment transformer une présence démographique forte en véritable puissance économique ?
À Bruxelles, ville-monde et capitale politique de l’Europe, cette question prend une dimension particulière. La diaspora africaine y est visible, active, jeune. Mais son poids économique reste en deçà de son potentiel.
Dans une économie dominée par les réseaux, l’isolement coûte cher. Plus cher, parfois, que l’exclusion.

Un signal, plus qu’un mouvement

À la fin de la soirée, aucun plan miracle n’a été annoncé. Aucun engagement spectaculaire n’a été pris. Mais un signal a été envoyé.
LisangaAfri n’est pas encore un mouvement.
Mais c’est une prise de conscience.
Et dans le champ économique, les signaux précèdent souvent les transformations.
Car consommer, parfois, ce n’est pas seulement acheter. C’est orienter.
Et, discrètement, décider de l’avenir que l’on souhaite voir émerger.

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