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À Charleroi, les femmes migrantes transforment l’intégration en pouvoir

À Charleroi, les femmes migrantes transforment l’intégration en pouvoir

Au CEME, l’ASBL Un Geste Divin fait de l’autonomisation un levier politique
Elles ont franchi des frontières visibles et invisibles. Dix dans la salle, près d’une centaine derrière leurs écrans. À Charleroi, l’autonomisation des femmes migrantes n’est plus un slogan : c’est une stratégie concrète qui redessine l’intégration.

Là où le “nous” devient puissance

« Le “nous” est toujours plus grand que le “je”. Seule, tu ne pèses presque rien. Mais si tu tiens compte des autres, alors ton apport devient considérable dans la société où tu vis. »

Dans la lumière feutrée du CEME (Charleroi Espace Meeting) ces mots tombent avec la densité d’un principe fondateur. Nous sommes le 6 février 2026. Une dizaine de femmes occupent les chaises disposées en demi-cercle. Derrière les caméras, près d’une centaine d’autres suivent la conférence en ligne.
L’ASBL Un Geste Divin organise une rencontre consacrée à l’intégration des femmes migrantes dans l’autonomisation. Cette conférence prolonge les formations en ligne dispensées les 23, 24, 30 et 31 janvier. Elle s’inscrit également dans le prélude de la Journée internationale des droits des femmes.
Ici, chaque mot se veut instrument de transformation. Chaque échange dessine un chemin vers l’indépendance.

De la résilience individuelle à la force collective

Anne Dorette M. DJIKOU, coach et conférencière, pose d’emblée le cadre philosophique de la rencontre.

« Le “nous” est toujours plus grand que le “je”. Cela signifie que l’individu isolé ne pèse presque rien. Mais lorsque l’on prend en compte les autres, leur apport et leur valeur, alors se révèle l’impact que l’on peut avoir au sein de la société dans laquelle on évolue. »

Son intervention dépasse le registre motivationnel. Elle esquisse une méthode. L’autonomisation ne se construit pas dans l’isolement, mais dans la coopération.
Dans la salle, les visages acquiescent. Certaines participantes sont arrivées en Belgique depuis peu. D’autres ont déjà entamé un parcours professionnel. Toutes partagent une même volonté : comprendre les codes, renforcer leurs compétences, transformer leurs talents en pouvoir concret.
À Charleroi, ce “nous” devient un levier stratégique.

L’art comme passerelle d’intégration

Parmi les intervenantes du panel figure la poétesse Nora BALILE. Son regard introduit une dimension essentielle : la puissance de l’expression artistique dans les trajectoires migratoires.

« Tous les médias artistiques possèdent une puissance que l’on sous-estime souvent. Ils peuvent aider les femmes. Très souvent, elles n’ont pas besoin de maîtriser parfaitement la langue du pays d’accueil pour commencer. Il suffit de se plonger dans l’expression, de s’y immerger. »

Dans un contexte où la barrière linguistique peut freiner l’intégration sociale et professionnelle, l’art apparaît comme un espace d’émancipation immédiate.
Poésie, écriture, performance, création visuelle : autant de médiums capables de restaurer la confiance et de faire émerger une voix.
L’intégration cesse alors d’être un parcours administratif. Elle devient une expérience sensible.

Entrepreneuriat : transformer ses ressources en capital

Sorel KENMOGNE, formatrice et entrepreneuse, ancre le débat dans une perspective pragmatique et tournée vers l’action.

« Une femme migrante peut se lancer dans plusieurs types d’activités. Personnellement, je recommande le secteur des services. Avec les ressources que tu as en toi, il est possible de bâtir un projet économique durable et rentable. »

Son message est limpide : la migration ne constitue pas un handicap, mais un capital d’expériences.
Capacité d’adaptation. Polyvalence. Intelligence interculturelle. Résilience.
Autant d’atouts susceptibles de nourrir des projets viables et créateurs de valeur.
Loin des représentations victimisantes, la femme migrante apparaît ici comme entrepreneuse potentielle, actrice de son propre développement et contributrice à l’économie locale.

Une lecture renouvelée de la politique migratoire

Au-delà des témoignages, la conférence organisée par l’ASBL Un Geste Divin esquisse une réflexion plus large.
Que révèle l’autonomisation des femmes migrantes de notre modèle d’intégration ?
Dans de nombreux débats européens, la politique migratoire est abordée sous l’angle du contrôle des flux ou de la gestion administrative. Plus rarement sous celui du pouvoir d’agir.
À Charleroi, l’approche est différente. Elle repose sur la valorisation des compétences, la reconnaissance de la créativité et l’accompagnement vers l’indépendance économique et sociale.
Si une femme migrante parvient à transformer ses ressources en leadership artistique, entrepreneurial ou citoyen, alors l’écosystème d’accueil démontre sa capacité d’inclusion.
L’autonomisation devient ainsi un indicateur silencieux, mais puissant, de la qualité d’une politique migratoire.

Ce que révèle le “nous”

Lorsque les lumières du CEME s’éteignent progressivement et que les connexions en ligne se ferment, une certitude demeure : l’intégration ne se décrète pas. Elle se construit, formation après formation, échange après échange.
À Charleroi, une dizaine de femmes en présentiel et près d’une centaine en ligne ont démontré qu’une autre lecture de la migration est possible.
Une lecture fondée non sur la vulnérabilité, mais sur la capacité. Non sur la dépendance, mais sur l’émancipation.
Reste une question essentielle :
Et si l’autonomisation des femmes migrantes devenait, demain, le véritable baromètre d’une société capable d’inclusion réelle et non simplement déclarative ?

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