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Quand les racines se taisent, les branches se perdent

Quand les racines se taisent, les branches se perdent

Ans, 18 avril. Une salle se remplit dès le matin. Parents, enfants, éducateurs prennent place. Tous sont venus comprendre une fracture qui traverse de nombreux foyers afrodescendants en Belgique.
La conférence est organisée par le Groupe de femmes solidaires et dynamiques de Liège, avec le soutien de SOCABEL. Le thème est direct. Tensions entre générations. Détresse parentale. Enfants incompris.


Derrière ces mots, une réalité quotidienne. Et une urgence silencieuse.
Dans la salle, les regards en disent long. Certains restent fermés. D’autres cherchent une réponse. Les échanges commencent. Une mère évoque la perte d’autorité. Un jeune parle d’un manque d’écoute. Le dialogue semble rompu.

Sur scène, Angélé ADJETEY pose un diagnostic clair.
« On a cet enfant qui est un métis de la vie, entre la culture du parent et celle de l’Europe. Il cherche du sens. Le parent aussi se construit, mais dans ses peurs. L’enfant a besoin d’être écouté et soutenu. Le parent est pris par la charge du quotidien. Et c’est là que les clashs peuvent venir parce que les besoins des uns et des autres ne sont pas entendus. »

Le constat s’impose. Deux systèmes de valeurs coexistent dans un même foyer. Celui du pays d’origine. Et celui du pays d’accueil.
Ce décalage produit des incompréhensions profondes. Il fragilise le lien familial. Il installe un stress durable.
Les chiffres donnent un cadre précis. En Belgique, entre 1 700 et 2 000 personnes meurent par suicide chaque année. Cela représente près de 5 décès par jour. Chez les jeunes de 15 à 29 ans, il s’agit d’une des premières causes de mortalité. À l’échelle mondiale, plus de 720 000 personnes perdent la vie chaque année.
Ici, ces données prennent un visage. Celui d’enfants pris entre deux identités. Et de parents confrontés à une réalité qu’ils ne maîtrisent pas toujours.
L’après-midi s’oriente vers les solutions. Des ateliers sont mis en place. Les échanges se font en petits groupes. Les enfants participent à des activités adaptées.
L’objectif est clair. Restaurer le dialogue.
Mais un point revient dans chaque discussion. Le recours tardif à l’aide.

Éric PIAM, infirmier psychiatrique, apporte un éclairage direct.
« Nous avons des solutions pour essayer de pallier à cela, mais généralement dans notre communauté afrodescendante, nous attendons parfois trop longtemps. Et lorsque nous arrivons, c’est lorsque la crise s’est déjà installée. Quand la crise est installée, l’enfant se retrouve aux urgences psychiatriques, parfois par le biais de la police ou de l’école. »

Le constat est sans appel. Le silence ne protège pas. Il aggrave.
Cette journée met en lumière un enjeu central. Le dialogue familial devient une question de santé mentale.
Dans les familles afrodescendantes, la transmission se joue entre deux cultures. Entre attentes et réalités. Dans cet équilibre fragile, écouter devient un acte fondamental.
Comprendre avant de juger. Parler avant que la crise n’éclate.
La journée se termine. Les chaises se vident. Mais les mots restent.
« Quand les racines parlent aux branches, l’arbre tient debout. »

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